Loi CALLES 

« Toute ma vie, je n’ai rien détesté de plus que l’alcool et la religion » – Francisco Plutarco Elías CAMPUZANO

Photo de Plutarco Elías Calles

Issu d’une relation hors mariage entre Plutarco Elías LUCERO et María de JESÚS CAMPUZANO, Francisco Plutarco Elías CAMPUZANO (Plutarco Elías CALLES), naquit le 25 septembre 1877 à SONORA, au MEXIQUE.

Plutarco Elías CALLES grandit dans la pauvreté et la privation. Son père alcoolique ne subvint pas aux besoins de sa famille et finit un jour par les abandonner. Il perdit sa mère à l’âge de 2 ans. Il fut alors élevé par son oncle, Juan BAUTISTA CALLES, dont il prit le nom. Athée convaincu, Juan BAUTISTA CALLES lui inculqua une haine fanatique de l’Eglise catholique.

Plutarco Elías CALLES occupa de nombreux postes, et a commença une activité politique en tant que partisan de Francisco MADERO, en vertu de laquelle il devint un officier de police.

Venustiano CARRANZA, alors Primer Jefe (Chef de Gouvernement) autoproclamé des constitutionnalistes, le nomma gouverneur militaire de l’État de SONORA (19151916).  Durant cette période Plutarco Elías CALLES :

  • ouvrit des écoles primaires dans tous les villages de plus de 500 habitants.
  • obligea les entreprises minières et industrielles à ouvrir des écoles.
  • instaura un système de bourses pour les étudiants pauvres.
  • créa des bibliothèques.
  • fonda des écoles pour adultes.
  • proposa un nouveau régime fiscal.
  • créa des mutuelles ouvrières.
  • légalisa le divorce.
  • mit en place le salaire minimum.
  • ferma les salles de torture dans les pénitenciers.

En outre, Il changea le CODE CIVIL Mexicain, en donnant aux enfants dits illégitimes les mêmes droits que les enfants légitimes.

En 1920, il s’associa avec Álvaro OBREGÓN pour renverser le président Venustiano CARRANZA et devint secretario de gobernación (ministre de l’Intérieur).

Il fut président des ÉTATS-UNIS Mexicains entre le 1er décembre 1924 et le 30  novembre 1928, connut sous le nom d’« el Jefe máximo de la Revolución », soit le « Chef suprême de la Révolution ».

Son arrivée au pouvoir ouvrit au Mexique une période de gouvernement nommée MAXIMATO.

En parallèle, il fonda le PARTI NATIONAL RÉVOLUTIONNAIRE (PNR), qui plus tard changea son nom en PARTI RÉVOLUTIONNAIRE INSTITUTIONNEL (PRI). Ce parti gouverna le MEXIQUE pendant plus de 70 ans.

Le 19 octobre 1945 à MEXICO, au MEXIQUE, il mourut.

La Constitution Mexicaine de 1917 :

La Constitution Mexicaine de 1917 établit un État fédéral où les régions sont définies comme « États libres et souverains dans son régime interne » et conservent tous les pouvoirs non expressément accordés à la fédération. Cependant, dans le cas des pouvoirs concurrents, la priorité est attribuée à l’État fédéral.

Tout comme dans la précédente Constitution, celle de 1857, il n’est accordé aucun pouvoir à l’Église avec :

  • un maintien du contrôle de l’état civil par l’État.
  • une réaffirmation de la laïcité des institutions.
  • une nationalisation des lieux de culte.
  • une interdiction faite aux membres du clergé de se présenter aux élections, de s’exprimer politiquement, d’hériter ou de transmettre un héritage (article 130).

D’ailleurs, la Constitution de 1857 avait provoqué la GUERRE DE RÉFORME entre libéraux et conservateurs. Les LOIS DE RÉFORME, promulguées par les libéraux de Benito JUÁREZ, affaiblirent le pouvoir temporel de l’Église catholique au MEXIQUE. Elles traitaient du mariage civil, du registre civil, de la séparation de l’Église et de l’État, de la vente des propriétés et des terres de l’Église.

JUÁREZ montra par la suite en 1867, une politique de conciliation envers l’Église et reconnut les droits civiques des membres du clergé, particulièrement le droit de vote. La longue présidence de José de la CRUZ PORFIRIO DÍAZ MORI (Porfirio DIAZ) (18761911) marqua aussi une période de détente sur la question religieuse.

Cinq articles de la Constitution Mexicaine de 1917 furent particulièrement destinés à réduire l’influence de l’Église catholique dans le pays :   

  • l’article 3 imposa la sécularisation de l’enseignement.
  • l’article 5 interdit les ordres monastiques.
  • l’article 24 interdit l’exercice du culte en dehors des églises.
  • l’article 27 restreint le droit à la propriété des organisations religieuses.
  • l’article 130 porta atteinte aux droits civiques des membres du clergé : les prêtres n’avaient pas le droit de porter leurs habits religieux, perdirent le droit de vote et se virent interdire tout commentaire sur les affaires publiques dans les organes de presse.

La Loi CALLES :

A) Application :

Lors d’un voyage en ALLEMAGNE, en 1924, CALLES influencé par le MARXISME et des livres et articles d’auteurs qui prônent l’utopie socialiste (qu’il acheta souvent), il décida d’appliquer de manière stricte la Constitution Mexicaine de 1917 promulguée par Venustiano CARRANZA.

Cette application stricte des dispositions anticléricales de la Constitution Mexicaine de 1917 étant connue comme la « Loi CALLES ».

Le nouveau président athée et partisan de la Franc-maconnerie, mit en vigueur des mesures anticléricales en application de la CONSTITUTION sur l’ensemble du territoire et fit voter d’autres lois de laïcisation. En juillet 1926, la Loi pour la réforme du CODE PÉNAL prévit des peines spécifiques pour les prêtres et les religieux qui contreviendraient aux articles de la CONSTITUTION de 1917. Par exemple, le port de l’habit clérical pouvait être puni d’une amende de 500 pesos ; un prêtre qui critiquait le gouvernement pouvait être condamné à 5 ans de prison.

Son gouvernement reconnut la validité du divorce civil.

Il fit expulser les prêtres étrangers, la plupart d’entre eux Espagnols ou États-uniens.

Basées sur la Constitution, les « lois CALLES », anticatholiques, imposèrent la laïcité de l’enseignement.

Elles interdirent également les ordres religieux, privant l’Église du droit de propriété et refusant aux clercs les droits civils élémentaires tels que le droit à un procès équitable ou encore le droit de vote. Ces lois eurent pour conséquence l’expropriation des religieux dans tout le pays.

B) Les Cristeros :

christeros

Au début, la hiérarchie catholique opposa une résistance pacifique à ladite Loi CALLES.

Le mouvement Cristero a été organisé par la « LIGA NACIONAL DE LA DEFENSA DE LA LIBERTAD RELIGIOSA » appelée également « LIGA NACIONAL DEFENSORA DE LA LIBERTAD RELIGIOSA », une organisation religieuse pour la défense des droits civils et religieux fondée en 1925.

Des manifestations pacifiques furent organisées dans l’ensemble du pays, menées par différents groupes. Ainsi, plus d’un million de signatures furent réunies et présentées devant le Congrès pour demander l’abrogation de la Loi CALLES.

Dès le début du mois d’août 1926, les femmes furent les premières à réagir et les plus déterminées à l’heure de monter la garde dans les églises fermées au culte par l’épiscopat le 31 juillet 1926, en réponse aux lois antireligieuses du Gouvernement. Les hommes suivirent, mais d’abord pour protéger leurs femmes.

La voie pacifique fut sans aucun résultat, un boycotte économique eu lieu et il s’avéra être un succès. Le Gouvernement, voyant l’efficacité du boycott et l’effet économique créé, lança une attaque plus directe contre l’Eglise entraînant arrestations, intimidations et exécutions.

Des mouvements de contestation se formèrent alors dans de nombreuses régions comme les États de JALISCO, ZACATECAS, GUANAJUATO, COLIMA et MICHOACÁN.

Le 1er janvier 1927, la ferveur populaire des catholiques les fédéra au son du cri de guerre : « ¡Viva Cristo Rey! » soit « Vive Christ Roi ! ».

La guerre des Cristeros (également connue sous le nom de Cristiada) domina entre 1927 et 1929.

Par exemple, le 23 février 1927, les Cristeros, victorieux des troupes fédérales à SAN FRANCISCO DEL RINCÓN, dans l’État de GUANAJUATO, remportèrent un nouveau succès à SAN JULIÁN, dans l’État de JALISCO, quelques jours plus tard. Toutefois, la rébellion s’essouffla. Le 19 avril, le père VEGA attaqua un train, qui convoya des fonds. Dans l’embuscade, son frère fut tué, il fit arroser les wagons d’essence et y mit le feu, ce qui tua 51 civils.

Ensuite les Brigades Sainte JEANNE d’ARC furent créées à ZAPOPAN, dans l’état de JALISCO le 21 juin 1927. L’Église venant juste de canoniser Sainte Jeanne d’Arc. Ce jour-là, 17 jeunes filles fondèrent la première brigade. En quelques jours, elles furent 135.

Par la suite, une grande partie du MEXIQUE se retrouva impliquée dans cette guerre des Cristeros, à l’exception de quelques États dans lesquels il n’y eut aucune insurrection, car n’ayant pas souffert de persécution. Selon les estimations, cette guerre de 3 années aurait fait 25 000 morts parmi les Cristeros, et environ 65 000 du côté des forces gouvernementales.

Un compromis final fut trouvé en 1929 et fut ratifié par le VATICAN, le 21 juin pour la reprise des services religieux après trois ans de suspension.

Les négociations entre Église et Gouvernement, entamées en 1927 à l’initiative de l’ambassadeur États-unien Dwight Whitney MORROW, aboutirent le 27 juin 1929 à un accord. 

En effet, l’ambassadeur Dwight Withney MORROW joua un grand rôle en favorisant de façon décisive la signature d’une trêve dans cette guerre.

Dans un de ses entretiens avec le président CALLES, l’ambassadeur proposa une aide militaire en échange de pétrole afin que le MEXIQUE en finisse définitivement avec la guerre. Toutefois, c’est à l’habileté diplomatique du clergé et des laïcs catholiques qu’est due la signature de l’accord de paix qui met fin à la Cristiada. 

Le culte redevint totalement libre, et les cloches sonnent à MEXICO pour la première fois depuis trois ans. Les dispositions constitutionnelles et les lois controversées restèrent en vigueur, mais l’État renonça à les appliquer.

Il autorisa également l’enseignement religieux dans les églises mais non dans les écoles. Les prêtres recouvrirent leurs droits civiques et la disposition effective des biens de l’Église, qui restèrent nominalement propriété nationale.

L’État Mexicain n’essaya plus de prendre le contrôle effectif de ces biens, bien qu’il en soit légalement le propriétaire. Le clergé cessa alors tout soutien aux rebelles et alla jusqu’à les menacer d’excommunication.

L’accord ne fut pas signé avec les Cristeros. Leur démobilisation fut donc organisée. L’Église souhaitant aussi qu’ils déposent les armes.

Le régime de CALLES rompit rapidement la promesse de respecter les engagements de l’accord ; et durant les trois premiers mois qui suivirent la trêve, plus de 500 leaders et 5 000 Cristeros furent exécutés. D’ailleurs, pendant cette courte période périrent plus de chefs Cristeros  que durant les trois années de guerre.

Entre 1926 et 1934, au moins 4000 prêtres furent tués ou expulsés. Le plus connu fut le martyr jésuite Miguel Augustín PRO, fusillé le 23 novembre 1927.

Avant la rébellion le MEXIQUE comptait environ 4500 prêtres. En 1934, uniquement 334 prêtres sont autorisés à officier par le Gouvernement, pour une population de 15 000000 d’habitants. Le reste a été éliminé par émigration, expulsion, exécution ou assassinat. D’ailleurs en 1935, 17 États Mexicains n’ont aucun prêtre car même 6 ans après la « trêve »,  environ 2 500 prêtres furent contraints de se cacher, et 6 évêques vécurent en exil.

Sous le président Lázaro CÁRDENAS del RÍO, la loi CALLES fut abrogée en 1938.

Définitions :

  • Abroger : abolir une loi, un décret, les déclarer nuls.
  • Anticlérical : opposé à l’influence du clergé dans les affaires publiques, dans l’enseignement …
  • Athée : se dit de quelqu’un qui nie l’existence de Dieu ; incroyant.
  • Brigade : petit détachement militaire.
  • Catholique : qui appartient à l’Église Romaine, au catholicisme.
  • Clerc : celui qui est engagé dans l’état ecclésiastique.
  • Clergé : corps des clercs ou des ecclésiastiques d’un culte, d’un pays
  • Conservateur : relatif au conservatisme, à ses partisans.
  • Conservatisme : attitude ou tendance de quelqu’un, d’un groupe ou d’une société, définie par le refus du changement et la référence sécurisante à des valeurs ou des structures immuables.
  • Constitution : Loi fondamentale, ensemble des lois fondamentales qui, dans un pays, règle l’organisation et les rapports des pouvoirs publics et, éventuellement, détermine les principes qui régissent les relations des gouvernants et des gouvernés.
  • Constitutionnaliste : partisan de l’application rigoureuse de la Constitution.
  • Contrevenir : agir contrairement à une prescription, à une obligation, ne pas s’y conformer.
  • Culte : hommage, honneur rendu à Dieu, à des êtres divins ou jugés tels ou à certaines créatures particulièrement proches de Dieu.
  • Église : l’ensemble des fidèles de toute communion chrétienne.
  • Épiscopat : ensemble des évêques.
  • État : désigne la personne morale de droit public qui, sur le plan juridique, représente une collectivité, un peuple ou une nation, à l’intérieur ou à l’extérieur d’un territoire déterminé sur lequel elle exerce le pouvoir suprême, la souveraineté.
  • Expropriation : action d’exproprier quelqu’un ou quelque chose.
  • Exproprier : déposséder quelqu’un de la propriété d’un bien, dans un but d’utilité publique conformément à la loi.
  • Évêque : dans les Églises catholiques et orientales, dignitaire de l’Église qui possède la plénitude du sacerdoce et qui a régulièrement la direction spirituelle d’un diocèse.
  • Fanatique : qui est emporté par une ardeur excessive, une passion démesurée pour une religion, une cause, un parti …
  • Gouvernement : forme politique qui régit un État.
  • Illégitime : qui est contraire au bon droit, à l’équité, à la morale.
  • Insurrection : action de s’insurger, de se soulever contre le pouvoir établi pour le renverser 
  • Laïcité : conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l’Église et de l’État et qui exclut les Églises de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l’organisation de l’enseignement.
  • Loi : prescription établie par l’autorité souveraine de l’État, applicable à tous et définissant les droits et les devoirs de chacun.
  • Martyre : torture, supplice, mort que quelqu’un endure, en général pour la défense de sa foi, de sa cause.
  • Moine : homme lié par des vœux de religion et menant, en solitaire ou en communauté, une vie essentiellement spirituelle.
  • Monastique : qui relève des moines ou des moniales.
  • Persécution : action de persécuter ; mesures violentes et arbitraires prises à l’égard d’une communauté ethnique ou religieuse.
  • Politique : méthode particulière de gouvernement, manière de gouverner.
  • Prêtre : dans l’Église catholique et les Églises orientales, celui qui a reçu le sacrement de l’ordre.
  • Rébellion : action de se rebeller, de se révolter.
  • Révolution : changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d’un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place et prend le pouvoir.
  • Révolutionnaire : qui présente les caractères d’une révolution politique, qui vise à une révolution.
  • Sécularisation : retour à la vie laïque, avec indult de l’autorité compétente, d’un clerc ou d’un religieux.

Sources :

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